Les fissures apparaissent

29 Mars, 2012 écrit par: Jonathan Miller , Global Market Analyst

Nous avons déjà parlé plus d'une fois des fissures dans les marchés de la dette publique américaine, mais un évènement récent vient nous rappeler que la crise de la dette n'est toujours pas résolue, 5 ans après le début de la récession mondiale. Dans un premier temps, je choisis d'attirer l'attention des experts sur le cas du comté de Jefferson en Alabama. Le comté a (brièvement) fait les gros titres en novembre dernier suite au défaut de remboursement de son emprunt de 1 milliard de dollars contracté pour payer son système d'égout. La triste réalité de cette histoire est qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé propre à l'Alabama, mais d'un fléau auquel de nombreuses municipalités sont en proie et qui détériore actuellement le marché de la dette municipale. L'autre fissure qui inquiète est apparue dans le sillage de la dette municipale, avec la dette étudiante.

À l'heure actuelle, le marché de la dette étudiante américaine vient de dépasser la taille astronomique du trillion de dollars. De là, il faut se rappeler que le sous-emploi et le chômage sont incroyablement élevés, notamment pour la tranche d'âge 18-32 ans. À lui tout seul, on estime que le chômage des 18-24 ans dépasse les 40 %. Ajoutez à cela une énorme bulle de la dette étudiante et tout d'un coup vous avez la recette de la prochaine crise des « subprimes ». Mon intérêt ici n'est pas de démontrer que les étudiants sont des emprunteurs à risque, mais simplement que le remboursement de crédit est manifestement limité dans une économie à faible croissance. Ajoutez encore les chiffres récents, qui confirment que 270 milliards de dollars – c'est-à-dire presque 27 % du marché – sont en souffrance d’au moins 30 jours, et soudain vous apercevez le danger. La question est alors de savoir qui va payer pour cette cascade de faillites et comment. Réponse : le contribuable américain ruiné. Les jeunes diplômés n'ont certainement pas l'argent pour secourir toute la bulle du prêt étudiant.

Un défaut mécanique majeur dans l'environnement moderne de la finance est que les institutions sont liées en série et exposées aux risques du marché ensemble. Si l'une d'elles chute, le reste est entraîné. Si vous suivez l'évolution des cours des valeurs bancaires, surtout au moment de l'annonce des nouvelles et des bénéfices, vous remarquerez qu'elles varient de façon synchronisée (certes, pas toujours parfaitement, parfois avec un léger retard) suivant le climat du secteur. Les bulles d'endettement ne diffèrent en rien et se comportent de façon similaire dans le sens où l'éclatement d'une bulle peut faire éclater une autre bulle gonflée à l'endettement (au fait, vous avez un crédit à la consommation ?). Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, s'est empressé de souligner que le marché du travail était encore loin d'avoir retrouvé son état « normal ». Cette fois-ci, la situation de l'emploi n'est pas cyclique comme le sont les cycles d'expansion-récession, mais plutôt structurelle, ce qui signifie qu'en attendant des réformes majeures du marché et des campagnes en faveur d'une modernisation de l'infrastructure américaine, la plupart des emplois perdus ces dernières années ne seront pas retrouvés.

À court terme, nous considérons le commentaire « consensuel » de M. Bernanke et la mention d'une politique « d'assouplissement » comme des remarques négatives pour le dollar. Le marché du logement est toujours moribond, les prix continuant de chuter et les ventes ne montrant toujours pas de tendance à l'amélioration. Et ça n'est pas tout : la perspective d'une autre vague d'assouplissement quantitatif et d'une nouvelle dépréciation du dollar par la planche à billets ne risque pas de réduire la pression et d'aider le dollar à monter. La publication la semaine prochaine des chiffres de l'emploi ADP et non agricoles devraient apporter de nouveaux éléments de réponse pour savoir si la prochaine réunion du Comité fédéral d'open-market pourra surprendre des marchés qui anticipent déjà les prochaines mesures de relance de la Banque centrale. Nous espérons voir certainement de fortes progressions au niveau des embauches, sans quoi la bulle étudiante pourrait être la prochaine bulle à éclater, provoquant un effet domino qui réserverait le même sort aux autres bulles de la dette américaine.

Le bricolage a ses limites : il est impensable de croire pouvoir colmater les fissures indéfiniment ou d'éviter un jour qu'elles ne finissent par faire couler le bateau.

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